9es Rencontres des études africaines en France · Paris · 30 juin 2026
Humanités numériques, IA et études africaines
Retour sur une note de synthèse collective (Hanovre, février 2026).
Vincent Hiribarren
King's College London
Frédérick Madore
Curateur de données
Africa Multiple Cluster of Excellence · Université de Bayreuth
Hanovre · 18–20 février 2026
Un atelier, pas une conférence
26chercheur·es
16pays
4groupes de travail
3jours
Le format
Château de Herrenhausen, financé par la fondation Volkswagen. Ni keynote ni communication individuelle : plénières, tables tournantes (World Café), posters et écriture collective, amorcée dès la fin du 2e jour.
Une écriture co-produite
Le choix du format assure une co-production des savoirs entre les auteur·rices de la note de synthèse.
Tout est en ligne
Le site de l'atelier
fmadore.github.io/dh-ai-african-studies-2026
Ouvrir ↗
Quatre groupes, un texte collectif
- Langues et corpusTechnologies du langage et traitement automatique (TAL)
- Les archivesPréservation, garde communautaire et patrimoine visuel
- Infrastructures et gouvernanceAccès et souveraineté technologique
- Épistémologies et décolonialitéCadres éthiques et savoirs africains
La note de synthèse
Chercher un consensus sans effacer les désaccords.
Une question est revenue constamment : pour qui, et dans quel but ?
Jeter un pont entre le monde académique et les communautés concernées.
Avant l'IA générative
Une histoire plus longue qu'on ne croit
Les humanités numériques sont présentes dans les études africaines depuis les années 2000.
- Slave Voyages, bibliothèque Ajami, Archivi.ng, Open Restitution Africa
- Aluka soupçonné d'appropriation ; l'export, un « vol culturel » (Pickover, 2005)
- Méfiance durable envers les projets pilotés depuis le Nord
- Le « complexe du sauveur numérique » (Shringarpure, 2020)
Quatre groupes, un lexique partagé
Un vocabulaire commun
- Propriété et souveraineté : en strates, toujours contestées
- Accès : langue, littératie, appareils, électricité
- Pérennité : structurelle, non technique
- Standardisation : trouvabilité contre fidélité aux variations
En toile de fond
Le colonialisme des données (Couldry & Mejias, 2019) et l'extractivisme (Birhane ; Kwet) : l'appropriation des données du Sud global sans retour équitable.
Groupe 1 / 4
Langues, TAL et corpus
« Langue peu dotée » nomme une vraie pénurie — mais la situe dans la langue.
- 4 langues bien servies sur des centaines (Hussen et al., 2025)
- « Data flaring » : sous-collectées, non sous-dotées (Adebara, 2025)
- Partir de l'oral : le CLAD de Dakar (wolof, pulaar, sérère)
- Au-delà du texte : idéophones, tons, clics (dictionnaire N|uu)
- Licences situées : NOODL-1.0 conditionne l'usage à un retour
Groupe 2 / 4
Les archives à l'ère du numérique
Numériser n'est jamais neutre : que garde-t-on et pour qui ?
- Propriété en strates : objet, copie, métadonnées, transmission
- Archives des femmes du Mali : les familles, « productrices d'archives »
- Tombouctou : patrimoine national contre garde communautaire
- Consentir à numériser ≠ consentir à entraîner un modèle
- OCR par IA (Collection Islam Afrique de l'Ouest) : le texte propre masque l'erreur
Groupe 3 / 4
Infrastructures, gouvernance et accès
Accès + Gouvernance + Souveraineté = Conception
- Accès : appareils partagés, électricité instable, hors-ligne d'abord
- Gouvernance : confiance, voies de recours, langues locales
- Souveraineté : qui décide — infrastructure, données, financement
Étude de cas · M-PESA
Paiement mobile kényan (2007) : USSD, agents formés, régulation publique. Mais pas qu'une « réussite kényane » : le contrôle de la propriété intellectuelle bride l'innovation locale et draine les profits vers le Nord (Foster, 2024).
Groupe 4 / 4
Épistémologies, décolonialité et éthique
Placer les épistémologies africaines au centre, non à la marge.
- DH postcoloniales : pouvoir et colonialité du savoir (Risam, 2018)
- « Technologie de la récupération » (Gallon, 2016), encore inaboutie
- Modèles entraînés hors d'Afrique : erreurs fréquentes (Błoch et al., 2025)
- Incomplétude et convivialité comme méthode (Nyamnjoh, 2017)
- Éthique : un processus, jamais un livrable
Ce que l'atelier n'a pas surmonté
Des limites assumées
L'atelier n'a pas effacé les asymétries qu'il décrit.
- Biais anglophone : la barrière de la langue pour l'Afrique de l'Ouest francophone
- Procédures de visa : un collègue empêché de venir
- Désaccords gardés dans le texte, plutôt que lissés
Non des règles universelles
Des pratiques situées
La note ne tranche pas les tensions ; elle propose des manières de travailler.
- Accords de numérisation comme documents vivants, révisables
- Ontologies construites avec les communautés, non imposées
- Concevoir à partir de l'accès, la gouvernance, la souveraineté
- Éthique comme processus, jamais comme livrable
- Repenser qui façonne ces technologies
Propriété, consentement, standardisation, biais : communs aux DH et à l'IA, plus visibles et plus aigus en contexte africain.
Les études africaines : une ressource pour repenser ces champs, non un cas à la marge.
En conclusion
Pour qui, et ce qu'elle offre
Trois publics
- Concepteurs des DH et de l'IA
- Spécialistes des études africaines
- Financeurs, décideurs, institutions
Ce qu'elle offre
- Un vocabulaire commun
- Des pratiques situées
- Une conviction
La conviction
Concevoir pour les réalités africaines améliore les DH et l'IA partout — pas seulement en Afrique.
Merci de votre attention
Pour qui, et dans quel but ?
Note de synthèse à paraître — ZMO, Programmatic Texts. Prochain atelier : STIAS, Stellenbosch · septembre 2026.
Vincent Hiribarren
King's College London
Frédérick Madore
Curateur de données
Africa Multiple · Université de Bayreuth